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La ville de Münster élargit la définition de la sculpture publique

Le Skulptur Projekte de Münster se déroule dans cette ville allemande tous les dix ans, ce qui lui attribue une perspective unique, selon son organisateur.

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Beaucoup de choses peuvent arriver en dix ans. Une star de télé-réalité peut devenir le président des États-Unis, l’Union européenne peut commencer à perdre ses membres et la technologie peut permettre aux téléphones portables de commander un taxi ou de trouver l’amour. Pendant ce temps, dans le monde de l’art, la performance, longuement contemplée comme un genre très spécifique, est devenue un mode d’expression tendance. L’exposition Sculpture Projekte de Münster (SPM), qui se déroule tous les dix ans dans la ville allemande éponyme, reflète ces développements, parmi bien d’autres.

Kasper König, le co-commissaire de cette dernière édition (qui a commencé en juin et qui finira le 1er « est un bon écart [temporel entre expositions]. Ça veut dire que les artistes ont changé, que les temps ont changé, et que de nouvelles idées ont eu le temps d’émerger », a-t-il déclaré à The Art Newspaper.

Kasper König n’a pas succombé à la pression qu’avait exercée sur lui la ville de Münster, qui souhaitait que l’événement se produise tous les cinq ans. « De plus en plus, les gens, y compris les habitants de la ville, comprennent que [cela] détruirait l’exposition », a-t-il affirmé.

Avec les co-commissaires de l’exposition, Britta Peters et Marianne Wagner, Kasper König a délibérément poussé les limites de ce qui est appelé « la sculpture publique ».

L’événement regorge de sculptures et d’œuvres digitales. Les vidéos sont montrées dans des discothèques, tandis que certaines autres œuvres ne peuvent être contemplées que par le biais de Smartphones.

Les jardins ouvriers locaux sont le sujet de l’étude anthropologique Speak to the Earth and It Will Tell You (2007-2017) menée par l’artiste anglais Jeremy Deller. Quant à l’artiste français Pierre Huyghe, il propose une installation monumentale dans une patinoire, After ALife Ahead (2017).

Celle-ci combine des éléments vivants (essaimage d’abeilles, paons chimériques…) avec des matériaux biologiques (cellules cancérigènes en train de grandir dans un incubateur), la réalité augmentée, la terre, et l’architecture brutaliste du bâtiment. Le résultat est un paysage extraterrestre qui semble contrôlé par des forces invisibles à l’œil nu. La mise en scène de cet événement spectaculaire et immersif a coûté près d’un million d’euros, qui ont été fournis par les galeries de Pierre Huyghe.

Les visiteurs à la recherche de sculptures publiques plus conventionnelles ne seront toutefois pas déçus. La sculpture enjouée de Nicole Enseiman sur la Promenade (une voie publique sur le site des anciens murs de la ville), la sculpture en bronze de Nairy Baghramian devant le palais baroque Erbdrostenhof (un site populaire qui a déjà été choisi par plusieurs artistes) et la pastèque sculptée de Thomas Schütte à Marl (ville industrielle près de Münster, jusqu’où la ville a étendu l’événement pour la première fois), en sont des exemples.

La forte présence de jeunes talents apporte de l’originalité, tandis que les artistes plus confirmés mais moins reconnus continuent à dominer les expositions d’art contemporain.

Mélange fascinant de danse, chanson et parole, la performance de l’artiste roumaine Alexandra Pirici à la mairie de Münster, Leaking Territories (2017), a attiré beaucoup de visiteurs. Nombreux sont aussi ceux qui se sont rués sur l’œuvre HellYeahFuckWeDie de la plasticienne allemande Hito Steyerl. Cette création, qui réussit à combiner les thèmes de la technologie et de la guerre civile à travers la vidéo, la musique et le documentaire, est exposée à la LBS Bank. Hito Steyerl est une artiste au-delà de son temps : son œuvre donne un aperçu de ce qui sera exposé à Münster lors de la prochaine édition du SPM, d’ici dix ans.

Appeared in The Art Newspaper Digital, 2017