Opinion
Perspectives

L'annulation de la FIAC fait des vagues

Elle a réservé sa décision jusqu’au dernier moment, mais cinq semaines avant sa date prévue, la FIAC a choisi d’annuler son édition 2020. On imagine cette résolution annoncée lundi 14 septembre pleinement mûrie. La foire, qui a hissé haut son niveau grâce à des galeries et une fréquentation très internationales, ne pouvait plus, dans un contexte de circulation active du Covid-19 et des restrictions de voyages imposées aux étrangers, se dérouler de façon normale. Elle risquait dans ce contexte d’abîmer une image qu’elle a mise des années à construire sous la houlette de sa directrice Jennifer Flay en accueillant des exposants qui auraient été d’ordinaire refusés. De plus, elle n’aurait offert aux marchands qu’une fréquentation locale alors que Reed n’était pas prêt à consentir une réduction sur le tarif des stands. Le compte n’y était pas.

La FIAC au Grand Palais, à Paris. Courtesy site Internet de la FIAC, D.R.

À l’étranger, de nombreux salons, comme Art Basel à Hongkong, Bâle et Miami Beach ou Frieze London, ont annulé sans faire de vague. En France, la FIAC est bien plus qu’une foire puisque la manifestation a depuis des décennies une dimension culturelle qui dépasse sa seule vocation marchande. Et son annulation n’est pas loin d’avoir provoqué un psychodrame, à tel point qu’un article publié jeudi sur le site Internet du Figaro n’a pas hésité à prendre pour titre: « Fiac 2020: la colère des galeristes après l’annulation ». La réalité est cependant plus nuancée. Si certains sont en effet mécontents, de nombreuses galeries avaient depuis longtemps émis le souhait auprès de Reed que la foire soit annulée. Et pour les marchands qui considèrent qu’il est nécessaire en cette période de participer à des foires, il existe des alternatives comme Asia Now qui se déroulera à Paris du 21 au 24 octobre. Vendredi, dans Libération, un collectif d’éminents galeristes et marchands d’art a publié une tribune en faveur de l’annulation: « Soyons raisonnables, acceptons sereinement de sauter une année, cette année 2020. La FIAC en sortira grandie. Et travaillons de chez nous, dans nos galeries nous avons un réel plaisir à recevoir nos clients et leur présenter des expositions soignées, aventureuses et responsables. » Une réflexion pleine de bon sens.

Appeared in The Art Newspaper France - Daily, 558