Opinion
Perspectives

Don : le bon choix

Les musées français sont souvent choisis par des collectionneurs américains pour être bénéficiaires du don des œuvres qu’ils ont patiemment réunies. Ils sont bien sûr motivés par la qualité des ensembles que ces pièces viennent rejoindre et par les conservateurs de haut niveau qui ont souvent fait un travail préparatoire essentiel en amont, mais aussi par un aspect qui peut s’avérer déterminant : l’inaliénabilité des collections publiques en France. Autrement dit, quand une œuvre est acceptée en don par un musée public français, la loi interdit à ce dernier de s’en séparer, c’est-à-dire de la vendre de gré à gré ou aux enchères, à moins de la déclasser, une action rarissime.

Vue de la Fondation Beyeler, à Riehen. ©Wikimédia commons

Aux États-Unis, les musées disposent en revanche de la procédure dite de « deaccessioning » pour vendre des œuvres de leurs collections. Cette décision doit normalement être motivée par la volonté de faire évoluer le fonds et permettre d’acquérir de nouvelles pièces. Mais la crise du Covid-19 a conduit à un allègement de ces contraintes pour permettre aux institutions de passer cette période difficile en utilisant les fonds récoltés pour couvrir les dépenses courantes. Non sans que des dérapages aient été constatés et dénoncés par l’Association of Art Museum Directors (AAMD). Cette vente d’œuvres n’est pas que réservée aux musées américains. La Fondation Beyeler, à Riehen, près de Bâle, en Suisse, a récemment confirmé sa décision de céder à des collectionneurs privés quatre œuvres de Jean Dubuffet issues de la donation du couple français Claude et Micheline Renard. Ces derniers avaient décidé de lui transférer trente-trois œuvres de Jean Fautrier, Jean Dubuffet, Sam Francis, Jean Tinguely, Antoni Tàpies, Sigmar Polke ou Jean-Michel Basquiat en hommage à Ernst Beyeler. La donation avait été officialisée en 2013 par une exposition et un catalogue. Si la fille du couple, Delphine Renard, se dit aujourd’hui « scandalisée », cette décision de la fondation, qui pose de nombreuses questions, n’a rien d’illégale. Elle vient cependant rappeler qu’à l’heure du don, il est essentiel de prendre le temps de faire le bon choix.