Opinion
Marché de l'art

Analyse : pourquoi voyons-nous tant de contrefaçons ?

Les faux existent depuis l’époque romaine, mais récemment, plusieurs affaires de contrefaçons ont éclaté – et elles vont du peu crédible au franchement hilarant.

La première affaire concerne James Stunt, un négociant en lingots d’or et play-boy basé à Londres, qui avait prêté dix-sept peintures à Dumfries House, le siège social de la fondation caritative du Prince Charles, située dans le comté d’Ayrshire. Il se trouve qu’au moins trois d’entre elles sont des pastiches, peints sur une table de cuisine californienne par le faussaire Tony Tetro, à la manière de Monet, Picasso et Dalí. Avant de les prêter à Dumfries House, James Stunt avait tenté en vain de vendre le « Monet » pour 20 millions de livres sterling ou d’emprunter de l’argent en se garantissant sur les œuvres. Ces dernières ont aujourd’hui quitté Dumfries House, et ont sans aucun doute causé beaucoup d’embarras.

James Stunt. © Rex Shutterstock/Georgie Gillard

Dans la catégorie des affaires hilarantes, figure la statue équestre de « Léonard de Vinci », mise aux enchères en octobre accompagnée d’une estimation exorbitante allant de 30 à 50 millions de dollars dans un hôtel de New York par la maison de ventes Guernsey’s. Bronze contemporain issu d’un modèle prétendument original en cire d’abeille, cette sculpture grossièrement exécutée et anatomiquement incorrecte n’a pas réussi à susciter une seule enchère.

L’année dernière, le musée des beaux-arts de Gand a présenté vingt-six œuvres fictives d’artistes russes du XXe siècle, dont Kasimir Malévitch et Vassily Kandinsky. Conséquence : le directeur du musée a été suspendu.

Modigliani est une autre victime des prix colossaux : pas moins de vingt et une peintures présentées lors d’une exposition au Palais Ducal de Gênes en 2017 étaient des contrefaçons. Mais avec le record de 170 millions de dollars atteint par une œuvre de l’artiste d’origine italienne, la tentation reste forte…

Visiteurs faisant la queue devant l’exposition « Amedeo Modigliani » au Palais Ducal de Gènes en 2017. © Palazzo Ducale

À quoi assistons-nous ? Les prix stratosphériques de l’art aujourd’hui, notamment les 450,3 millions de dollars obtenus par le Salvator Mundi de Leonard de Vinci, incitent les faussaires et les propriétaires de contrefaçons à tenter leur chance.

Ces cas ont pour point commun de chercher à renforcer la légitimité des œuvres en question en les exposant dans des lieux moins connus. James Stunt a prêté les siennes à Dumfries House. La statue équestre a été exposée à Beverly Hills, à l’hôtel The Venetian à Las Vegas et à la « White Bridal Society » au Texas. Les œuvres russes se trouvaient dans un musée de Gand : notez qu’aucune de ces expositions n’était présentée dans des institutions majeures – pas au musée du Louvre ou au Metropolitan Museum of Art de New York.

Les marchands d’art sont eux aussi régulièrement confrontés à des contrefaçons et Michele Casamonti, de la galerie Tornabuoni, dispose d’une check-list pour les éviter. « Tout d’abord, vérifiez l’œuvre et le certificat : il existe des copies avec des certificats authentiques, ainsi que des certificats contrefaits ! Vérifiez la provenance. Vérifiez auprès de la fondation ou du catalogue raisonné. Assurez-vous que les documents relatifs aux précédentes ventes sont clairs et précis. »

Les contrefaçons existeront toujours, mais, comme le dit Michele Casamonti, « vous devez faire preuve de naïveté pour acheter un faux ». Suivez quelques règles élémentaires et vous ne devriez pas vous retrouver avec l’une d’entre elles – hilarante ou non.