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Le livre d'heures de François Ier, Duc de Bretagne, livre ses secrets

François Ier, duc de Bretagne a fait disparaître sa première épouse, Yolande d’Anjou, dans un livre de prières médiéval, avant de l’offrir à sa nouvelle épouse, Isabelle Stuart, à son tour représentée dans l’ouvrage, selon des recherches menées au Fitzwilliam Museum de Cambridge, en Angleterre.

Le livre d’heures enluminé (vers 1431) a été repeint après la mort de la première épouse de François Ier, duc de Bretagne, afin que le roi puisse l’offrir à sa nouvelle épouse. © The Fitzwilliam Museum, Cambridge

Ce fut une tragédie pour François Ier, duc de Bretagne, lorsque son épouse Yolande d’Anjou mourut en 1440, peu après leur jeune fils. Néanmoins, elle fut rapidement remplacée, à la fois en tant qu’épouse et dans son propre livre de prières, où sa représentation et ses armoiries ont laissé place à ceux de la femme qui lui a succédé.

Yolande d’Anjou apparaissait sous la forme d’une minuscule silhouette agenouillée devant la Vierge Marie sur l’une des pages les plus glorieuses de son somptueux livre d’heures, conservé dans les collections du Fitzwilliam Museum de Cambridge. Deux ans après sa mort, François épousa Isabelle Stuart [aussi nommée Isabeau d’Écosse], fille de Jacques Ier d’Écosse, et – comme le prouvent de nouvelles recherches menées par le musée – avant même leur mariage, des copistes avaient effacé l’image de Yolande.

Ce livre, un extraordinaire travail d’orfèvre, spectaculairement enluminé de 500 miniatures, avait été commandé à l’origine par la mère de Yolande, mécène qui possédait également un autre célèbre livre d’heures : Les Belle Heures du duc de Berry, aujourd’hui conservé aux Cloisters du Metropolitan Museum of Art de New York.

Le manuscrit a probablement été offert à sa fille lors de son mariage avec François en 1431. L’analyse des pigments originaux par le biais de photographies infrarouges, réalisées par les scientifiques du Fitzwilliam Museum, a révélé les dessins sous-jacents et les différents pigments utilisés afin de modifier le livre pour la nouvelle mariée peu après la mort de Yolande.

CE LIVRE AVAIT ÉTÉ COMMANDÉ PAR LA MÈRE DE YOLANDE, QUI POSSÉDAIT ÉGALEMENT UN AUTRE CÉLÈBRE LIVRE D’HEURES : « LES BELLE HEURES DU DUC DE BERRY »

Le visage d’Isabelle et les armoiries de l’Écosse ont été peints sur Yolande, et la figure de Sainte-Catherine ajoutée derrière elle. Les armoiries d’Isabelle sont venues compléter les bordures florales, en utilisant le même rouge vermillon que sa robe, que l’analyse a distingué de la peinture au plomb rouge de l’original. Isabelle portait à l’origine la coiffe élaborée de Yolande, mais à l’époque de son mariage, celle-ci a été modifiée une nouvelle fois, repeinte à l’azurite pour l’orner d’une couronne de joyaux en or, marquant l’accession de François au titre de duc de Bretagne.

Cette image infrarouge à ondes courtes, prise au verso du folio 20, montre le dessin original, avec la robe de la Vierge jusqu’à la marge, la figure agenouillée de la première épouse Yolande avec une grande coiffe, et sans la figure de sainte Catherine. © The Fitzwilliam Museum, Cambridge

François et Isabelle eurent deux filles avant la mort du roi en 1450. Son épouse lui survécut de près d’un demi-siècle. Le manuscrit a été modifié une nouvelle fois pour la fille d’Isabelle, Margaret, qui y a ajouté une page supplémentaire avec une représentation d’elle-même agenouillée en prière devant la Vierge.

Dans ce détail du livre d’heures montrant la couronne ducale d’Isabelle et la figure de sainte Catherine, la zone plus sombre dévoile l’endroit où l’image a été repeinte en azurite (le reste de la robe est outremer), afin de dissimuler la coiffe originale. © The Fitzwilliam Museum, Cambridge

Le dernier propriétaire privé de ce livre d’heures fut Richard Fitzwilliam, un aristocrate anglo-irlandais qui ne s’est jamais marié mais qui eut trois enfants, qu’il a tous reconnus, avec une danseuse de ballet parisienne. Il lui légua à sa mort en 1816 son incroyable bibliothèque de livres enluminés et de manuscrits, ensemble fondateur du musée.

Ce manuscrit est actuellement présenté dans la nouvelle exposition « The Human Touch : Making Art, Leaving Traces », qui ouvre aujourd’hui au Fitzwilliam Museum à Cambridge.

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« The Human Touch : Making Art, Leaving Traces », du 18 mai au 1er août, The Fitzwilliam Museum, Trumpington Street, Cambridge, Royaume-Uni.