Analyse
Marché de l'art

Crise sanitaire : les artisans d'art à bout de souffle

Une enquête d’Ateliers d’art de France révèle la fragilité économique des métiers d’art, un secteur dépendant de la rencontre avec les clients. Face au nouveau confinement, les artisans d’art réclament plus d’aides pour tenir.

L’annonce d’un deuxième confinement a enterré leurs espoirs. Commandes reportées ou annulées, contacts en suspens avec les fournisseurs, boutiques et ateliers fermés… Les artisans d’art font face à une nouvelle épreuve qui s’ajoute aux baisses de revenu déjà subies au printemps. Une enquête du syndicat Ateliers d’Art de France, qui représente les métiers d’art, donne un aperçu des dégâts.

L’artiste textile Monika Liné-Gölz dans son atelier. © Alexandre Gallosi

Menée en juillet auprès de 1 119 artisans d’art, elle révèle que 91% des participants projetaient une baisse de leur chiffre d’affaires à la fin de l’année, des pertes amenées à s’accentuer avec ce nouveau confinement. « Ce retour est d’autant plus douloureux pour les ateliers d’art qu’il se cumule aujourd’hui avec les conséquences des annulations en masse d’événements, professionnels et grand public, qui se succèdent depuis des mois et aboutissent à l’anéantissement pur et simple de l’économie de nos entreprises de métiers d’art », précise Ateliers d’art de France. Parmi les participants à l’enquête, 96% tirent en effet leurs revenus de la rencontre directe avec les clients, notamment des marchés et salons (65%), de leur atelier-boutique (53%) et des commandes sur-mesure en direct (49%). Entre mars et octobre, 264 événements consacrés aux métiers d’art ont été annulés cette année, sur une moyenne annuelle de 300 événements.

ENTRE MARS ET OCTOBRE, 264 ÉVÉNEMENTS ONTÉTÉ ANNULÉS

Pour limiter la casse, les artisans d’art ont pu bénéficier de certaines aides de l’État, notamment du fonds de solidarité qui permet aux plus petites entreprises de toucher jusqu’à 1 500 euros, à condition de pouvoir justifier d’une perte de 80% de chiffre d’affaires pendant la période de confinement. Des critères jugés restrictifs et inadaptés par les intéressés, qui réclament un accès plus large aux aides mais aussi la création d’une branche professionnelle spécifique aux métiers d’art. Parmi les participants à l’enquête, 65% jugeaient indispensable la poursuite des aides. « La situation extrêmement précaire dans laquelle nous plongent les annulations en chaîne des salons et marchés, dont dépend quasi exclusivement notre économie, est totalement mise de côté par les dispositifs d’aide », précise Ateliers d’art de France.

L’atelier de luminaires d’Ale Casanovas. © Alexandre Gallosi

LES ARTISANS D’ART PEUVENT COMPTER SUR LES ÉDITIONS VIRTUELLES DES SALONS REPORTÉS

Face à cette vague d’annulations, les artisans d’art peuvent compter sur quelques solutions de secours, comme les éditions virtuelles qui remplacent les salons reportés. Organisé par Ateliers d’Art de France, le Salon international du patrimoine culturel a finalement été forcé de migrer en ligne pour son édition 2020, du 28 au 31 octobre. Prévu initialement du 6 au 9 novembre à Strasbourg et annulé début octobre, Résonance[s],  salon européen des métiers d’art, s’est également transformé en événement numérique réunissant 150 exposants européens (jusqu’au 31 décembre). Chaque créateur dispose d’une vitrine virtuelle pour présenter 20 pièces, avec la possibilité de contacter directement le créateur pour acheter l’objet repéré. Contrairement au dernier confinement, ce procédé du « click and collect » essaime parmi les artisans d’art qui cherchent à maintenir le lien avec leurs clients. Une alternative qui permet d’aider les métiers d’art, en attendant des mesures plus concrètes.