Opinion
Perspectives

Gauguin, la polémique s'amplifie

L'édito de la semaine du lundi 9 décembre 2019.

La vente le 3 décembre chez Artcurial à Paris d’un rare tableau tahitien de Paul Gauguin, Te Bourao II, pour 9,5 millions d’euros et l’exposition « Gauguin Portraits » qui se tient jusqu’au 26 janvier 2020 à la National Gallery à Londres, ont relancé la polémique concernant le comportement du peintre vis-à-vis de toutes jeunes filles lors de ses séjours dans le Pacifique. Le New York Times a même récemment publié un article demandant explicitement s’il ne fallait pas de ce fait « bannir Gauguin ». Le musée britannique a pris le parti d’alerter ses visiteurs sur les mœurs de l’artiste lors de ses séjours à Tahiti. Dans les textes accompagnant les œuvres, le public peut notamment lire: « Nul doute que Gauguin a tiré parti de sa position d’Occidental privilégié pour profiter de toutes les libertés sexuelles dont il disposait ». Gauguin ne s’en est d’ailleurs pas caché. Il écrit ainsi à Daniel de Monfreid dans une lettre datée de novembre 1895 : « toutes les nuits des gamines endiablées envahissent mon lit ; j’en avais hier trois pour fonctionner. Je vais cesser cette vie de patachon pour prendre une femme sérieuse à la maison et travailler d’arrache-pied » [publié aux Éditions Georges Falaise en 1950].

Te Bourao (II) - 1897, peinture de Paul Gauguin exposée à Artcurial Paris, le 2 décembre 2019, avant sa vente publique. T.D.

Si aujourd’hui son comportement est inadmissible, Gauguin a-t-il été à son époque un hors-la-loi ? Du point de vue du droit, la réponse n’est pas claire. Si le Code pénal français a condamné la pédophilie dès 1810, le législateur punit à partir de 1863 l’auteur d’un attentat à la pudeur sans violence fait sur un mineur de moins de 13 ans, comme le soulignait Anne-Claude Ambroise-Rendu, historienne et auteur de L’histoire de la pédophilie au XIXe et au XXe siècles (éd Fayard), lors d'un entretien accordé en 2017 au quotidien belge Le Soir. 13 ans était précisément l’âge de sa muse à Tahiti.

Même si de notre point de vue contemporain son comportement nous semble inacceptable, cette polémique pose la question d’une condamnation rétrospective suivant les normes d’aujourd’hui. Il est aussi bien difficile de faire la part des choses entre l’homme et son œuvre. Des débats loin d’être tranchés mais qui pourraient concerner un grand nombre d’artistes dont les œuvres sont accrochées dans les musées.